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L'ORIGINALITE DE LA GASTRONOMIE ITALIENNE

Le Caffè Pedrocchi

Un voyage dans le temps au cœur de Padoue à la recherche de l’histoire et des personnages qui ont façonné le célèbre caffé Pedrocchi. 

Padoue a un cœur qui n’est ni un palais ni une église, mais un café. Depuis presque deux-cents ans, le Caffè Pedrocchi est un chef-d’œuvre architectural et un véritable témoin de l’histoire italienne. Il a constitué, et il constitue encore, un point de rencontre de l’art, de la politique et de la vie sociale, un lieu où le temps semble s’être suspendu pour raconter mille histoires.

Tout au long de son histoire, le Caffè Pedrocchi a accueilli une pléiade de personnages illustres. Stendhal a immortalisé l’endroit et il lui a même dédié des vers : C’est à Padoue que j’ai commencé à voir la vie à la vénitienne, les femmes dans les cafés. L’excellent restaurateur Pedrocchi, le meilleur d’Italie.

Lord Byron et Alfred de Musset y ont également siroté leur café, tout comme de nombreux intellectuels, poètes et musiciens italiens, dont Ugo Foscolo, Giosuè Carducci et Gioachino Rossini. Mais le Caffé Pedrocchi est également un symbole du Risorgimento italien.

L’histoire du Pedrocchi dans les mots de ses gestionnaires actuels

Pour entrer dans l’histoire par la porte principale, nous nous sommes adressés directement au Caffé Pedrocchi :

Qu’est-ce qui rend le Caffè Pedrocchi unique dans le panorama des cafés historiques italiens ?

Ce n’est pas seulement un café, mais un symbole. Il a accueilli des intellectuels, des patriotes, des artistes, et a été le théâtre d’événements historiques importants, comme les soulèvements du Risorgimento en 1848. (n.d.r. En 1848, des soldats autrichiens ont ouvert le feu sur des étudiants en rébellion. À cette occasion, un étudiant a été tué par une balle) Son style néoclassique, ses salles thématiques et la présence du Musée du Risorgimento en font un lieu où culture, beauté et gastronomie coexistent en harmonie.

Justement à propos du Musée du Risorgimento et de l’époque contemporaine : comment est-il né et comment le patrimoine a-t-il été constitué ? Comment fonctionnent les visites ?

Le musée a été créé pour raconter le lien profond entre Padoue et le Risorgimento. Les collections se sont enrichies au fil du temps avec des documents, des uniformes, des estampes et des dons privés. Des visites guidées sont disponibles aussi bien pour les particuliers que pour les écoles, et l’objectif est de les rendre de plus en plus interactives, notamment grâce à des contenus numériques.

Le « café sans portes », comme on le surnomme à Padoue, a une longue histoire qui fait partie de l’histoire commune des habitants de la ville. Comment la direction actuelle est-elle liée à celle des origines ?

Le Caffè Pedrocchi s’est imposé comme un lieu de rencontre important pour les intellectuels, les artistes et les politiciens. Il était connu pour être le « café sans portes » car, jusqu’en 1916, il restait ouvert jour et nuit, accueillant des clients à tout moment. Le lieu accueillait des discussions littéraires et des réunions politiques, et a été le théâtre d’événements historiques, comme les émeutes étudiantes de 1848 contre la domination autrichienne, dont le souvenir est encore commémoré par la plaque et l’impact de balle dans la Sala Bianca (Salle Blanche).

En 1842, à l’occasion du IVe Congrès des scientifiques italiens, l’étage noble a été inauguré pour des spectacles et des réceptions. Décoré dans un style historique-revivaliste, l’étage supérieur présente des salles dans différents styles qui reflètent l’attention portée à l’art et à la culture de l’époque. Parmi ces merveilleux espaces, il faut mentionner la Sala Rossini, dédiée au compositeur Gioachino Rossini et utilisée pour des événements musicaux.

Aujourd’hui encore, nous nous efforçons de maintenir cet esprit : l’accessibilité, le dialogue entre les arts, le mélange des générations et des cultures. La mission est de continuer à être un point de référence pour la ville et la nation, comme le souhaitait le fondateur Antonio Pedrocchi au XIXe siècle.

Le Caffè Pedrocchi ne se concentre pas que sur l’histoire mais il fait également de l’innovation, comme avec la création du P31 Aperitivo Green. Quelle est l’importance de cette composante dans le développement du lieu ? Y a-t-il de nouveaux projets en vue ?

L’innovation est primordiale pour le Caffè Pedrocchi ! Avec le P31 Aperitivo Green, un véritable pont a été créé entre le passé et l’avenir. Nous travaillons continuellement sur de nouveaux formats d’événements, des parcours de dégustation qui combinent mixologie, musique et convivialité, ainsi que sur une série de collaborations avec des artistes contemporains. La tradition est toujours un point de départ, jamais une ligne d’arrivée.

L’architecture de l’éclectisme

Mais continuons donc notre voyage à la découverte de la structure de ce Café si singulier.

Conçu par l’architecte Giuseppe Jappelli, le bâtiment est un mélange audacieux de styles. Selon le goût historiciste de l’époque, les salles du Caffé Pedrocchi avaient été décorées dans des styles différents, créant un parcours singulier à travers les civilisations de l’homme.

Le rez-de-chaussée est divisé en trois salles, connues sous les couleurs du drapeau italien. La Salle Blanche est le cœur politique et intellectuel du café, où se tenaient les discussions les plus animées. Son style est néoclassique, caractérisé par des lignes épurées et une atmosphère lumineuse. La Salle Rouge, située au centre, est le noyau opérationnel du café. Son nom vient de ses tapisseries d’origine, et elle abrite le comptoir conçu par Jappelli (refait à l’occasion des restaurations des années 1990). La Salle Verte a été conçue comme un lieu de lecture et de conversation paisible. La tradition veut que l’on puisse s’y asseoir sans avoir à commander, simplement pour lire les journaux mis à disposition. Pour beaucoup de monde à Padoue, c’est de cette particularité de la salle verte qui vient l’expression italienne « essere al verde » (être au vert), qui signifie : ne plus avoir d’argent.

Le Musée du Risorgimento

Le premier étage, appelé le « Piano Nobile » et abritant un musée du Risorgimento et de l’Époque contemporaine, est composé de salles thématiques, chacune décorée dans un style différent : salle égyptienne, salle grecque, salle romaine, salle mauresque, salle gothique et salle de la Renaissance. Mais la plus importante est la salle Rossini (autrement dite salle Napoléonienne). Toute l’ambiance célèbre les thèmes de la musique et de la gloire. Une grande salle où les stucs, rideaux et décorations accompagnent les invités dans le temps.

Pour la réalisation de toutes ces salles, Jappelli s’est associé à l’ingénieur véronais Bartolomeo Franceschini et à de nombreux décorateurs. Parmi eux : le romain Giuseppe Petrelli, à qui l’on doit surtout les quatre lions de la façade (inspirés de ceux du Capitole), les Bellunais Giovanni De Min, créateur de la salle grecque, Ippolito Caffi pour la salle romaine, et Pietro Paoletti pour la salle pompéienne (ou « herculanéenne ») ainsi que le padouan Vincenzo Gazzotto, qui a peint le plafond de la salle de la Renaissance.

Dès l’origine à la fin du XIXème siècle

L’histoire de ce magnifique café est intimement liée à ses propriétaires.

Elle commence en 1775, lorsque Francesco Pedrocchi, un cafetier de Bergame, s’installe à Padoue. Son fils, Antonio Pedrocchi, hérite de l’activité et, animé par une vision ambitieuse, décide de construire le « plus beau café du monde ». En 1826, il confie le projet à Jappelli, et le café ouvre ses portes en 1831. En 1839, un corps de bâtiment néogothique fut ajouté. Surnommé le « Pedrocchino », il était destiné à accueillir la pâtisserie. En 1842, les salles de l’étage supérieur sont inaugurées.

Animé par la volonté de confier la gestion de son café à une personne de confiance, il avait adopté Domenico Cappellato, le fils de l’un de ses garçons. À la mort de son père adoptif en 1852, ce dernier s’engagea à poursuivre l’entreprise héritée, bien qu’il ait confié la gestion des différentes sections de l’établissement.

A sa mort survenue en 1891, ce dernier légua l’ensemble de l’édifice à la Ville de Padoue, à la condition qu’il soit conservé en l’état et continue d’être un lieu de rencontre pour les intellectuels et la population. Cette clause a été la clé de la préservation du bâtiment.

Du début du XXème siècle à aujourd’hui

Au fil du temps, le café a connu plusieurs phases de déclin et de renouveau. Après une période de difficultés liée à la Première Guerre mondiale, une première restauration d’envergure a été entreprise entre 1924 et 1927. Malheureusement, à cette occasion une bonne partie des meubles d’origine a été éliminée.

Le bâtiment a de nouveau souffert pendant la Seconde Guerre mondiale. Un nouveau projet de restauration, dirigé par l’architecte Angelo Pisani, a été lancé après la guerre pour rénover les salles intérieures avec des résultats catastrophiques.

En 1994, la décision fut prise de restaurer les lieux. L’architecte Umberto Riva fut chargé de réparer les dégâts causés par la restauration dévastatrice de Pisani et de redonner au café son faste d’antan.

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